Si vous avez déjà écouté de la musique classique persane ou du mugham azerbaïdjanais, vous avez entendu le tar. Ce son pincé si particulier, à mi-chemin entre le luth et la mandoline, porte des mélodies qui résonnent à travers le Caucase et le plateau iranien depuis des siècles. Mais voilà : il n'existe pas qu'un seul tar. goudron persan contre le goudron azerbaïdjanais Le débat met en lumière deux instruments d'apparence similaire mais au son totalement différent, chacun façonné par les traditions musicales de son pays d'origine.

Ce que vous apprendrez

  • Comment le tar persan a évolué de l'ancien chahartar à sa forme moderne à 6 cordes
  • Pourquoi la refonte de Sadigjan en 1870 a-t-elle créé le tar azerbaïdjanais distinctif à 11 cordes ?
  • Principales différences structurelles : peau d’agneau contre péricarde de bœuf, 6 contre 11 cordes
  • Comment chaque tar s'inscrit dans sa tradition musicale (radif vs mugham)
  • Qu'est-ce qui fait du tar azerbaïdjanais l'instrument national de l'Azerbaïdjan et un patrimoine de l'UNESCO ?
  • Quel type de tar pourrait convenir à votre parcours musical ?

Le goudron persan : la voix classique de l'Iran

Musicien traditionnel démontrant la technique du tar persan
Joueur de tar persan

Le tar persan est ancien. Très ancien. Son nom vient du mot persan « chahartar », qui signifie littéralement « quatre cordes ». Pendant des siècles, il en a effectivement eu quatre. L’instrument que l’on voit aujourd’hui, avec son élégante caisse à double cuve et son long manche fretté, est le fruit d’une évolution continue à travers l’histoire de la musique persane.

Le tar persan moderne a pris forme au XVIIIe siècle, mais le changement majeur est survenu plus tard. Darvish Khan, musicien persan légendaire, y a ajouté une sixième corde. Cette corde supplémentaire a transformé la tessiture de l'instrument et ouvert de nouvelles possibilités mélodiques au sein du système classique persan.

Le corps est sculpté dans du bois de mûrier, façonné en cette forme caractéristique à double cuvette qui ressemble à deux larmes superposées. La table d'harmonie est recouverte de peau d'agneau tendue, ce qui confère au tar persan sa sonorité chaude et légèrement feutrée. Lorsque vous frappez ces cordes avec un plectre en laiton (appelé un mezrab), le son est intime et expressif.

Configuration et accordage des cordes

Le tar persan possède six cordes disposées en trois chœurs doubles. L'accordage suit un schéma tonique-quinte-octave, généralement en do, sol, puis do à nouveau. Il y a également une corde de basse « volante », séparée, accordée en sol une octave plus bas que le chœur central. Cette configuration offre une tessiture d'environ deux octaves et demie.

Le choix des cordes est important. Les deux premiers chœurs sont en acier nu, offrant des notes brillantes et claires dans les aigus. Le troisième chœur et la corde de basse sont filés en cuivre, apportant cette richesse et cette résonance dans les graves qui donnent toute sa profondeur aux mélodies persanes.

Entre 25 et 28 frettes en boyau réglables sont disposées le long du manche. Contrairement aux frettes fixes des guitares occidentales, ces frettes mobiles permettent un réglage précis des intervalles afin de correspondre aux micro-intervalles spécifiques des modes dastgah persans. C'est cette flexibilité qui rend le tar si essentiel à la musique classique persane.

Le goudron azerbaïdjanais : une révolution caucasienne

Collection professionnelle de goudron azerbaïdjanais
Vieux goudrons azerbaïdjanais

Vers 1870, un musicien nommé Sadigjan (nom complet : Mirza Sadiq Asad) observa le tar persan et pensa : « Je peux l'améliorer pour notre musique. » Ce qu'il créa devint le tar azerbaïdjanais, parfois appelé tar caucasien ou tar à 11 cordes.

Il ne s'agissait pas d'une simple modification. Sadigjan a fondamentalement repensé l'instrument pour répondre aux besoins de la musique mugham azerbaïdjanaise. Le résultat est devenu si indissociable de la culture azerbaïdjanaise qu'en 2012, l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. On le retrouve sur la monnaie azerbaïdjanaise, la pièce d'un qəpik et le billet d'un manat. Ce n'est pas qu'un instrument : c'est un symbole national.

À première vue, sa forme rappelle celle du tar persan, mais la différence saute aux oreilles. Au lieu de peau d'agneau, le tar azerbaïdjanais utilise le péricarde de bœuf pour sa membrane. Ce matériau plus résistant et plus épais produit un son plus brillant et incisif, qui se projette mieux au sein d'un ensemble.

Le système à 11 cordes

C’est là que ça devient intéressant. Le tar azerbaïdjanais possède 11 cordes, mais il ne s’agit pas simplement d’« avoir plus de cordes pour plus de notes ». Leur configuration est complexe et intentionnelle.

On trouve cinq paires de cordes, plus un bourdon de basse fixé sur un sillet surélevé sur le côté du manche. S'y ajoutent généralement deux cordes de résonance doublées, positionnées à mi-hauteur du manche grâce à de petits sillets métalliques. Ces cordes sympathiques vibrent lorsque l'on joue d'autres notes, créant ainsi ce timbre riche et complexe, caractéristique de la musique mugham.

Le tar azerbaïdjanais possède 17 notes, contrairement au système diatonique du tar persan. Ceci permet les intervalles de quart de ton et les changements modaux caractéristiques du mugham. L'instrument n'accompagne pas seulement le mode ; il contribue à le créer.

Qu'est-ce qui rend ces instruments si différents ?

Analysons clairement les différences entre le tar persan et le tar azerbaïdjanais, car bien qu'ils partagent une origine commune, ils sont conçus pour des univers musicaux différents.

CaractéristiqueTar persanTar azerbaïdjanais
Cordes totales6 (3 plats doubles + 1 basse)11 (5 paires de cordes + bourdon basse + cordes de résonance)
Matériau membranairepeau d'agneau tenduePéricarde de bœuf
Caractère tonalChaleureux, intime, légèrement feutréHarmoniques brillantes, projetées et complexes
Corps en boisMûrier (forme à double bol)Mûrier (forme similaire mais distincte)
Système musicalModes Radif et DastgahModes Mugham (17 tons)
Contexte de jeuPrestations en solo et ensembles classiquesTrio Mugham (tar + kamancha + daf + chanteur)
Développement historiqueOrigines anciennes, révisées au XVIIIe siècle, modernisées par Darvish KhanRepensé à partir du goudron persan par Sadigjan vers 1870
Statut culturelAu cœur de la tradition classique persaneInstrument national de l'Azerbaïdjan, patrimoine de l'UNESCO (2012)
Infographie comparative du goudron persan et du goudron azerbaïdjanais
Comparaison visuelle des principales différences entre le goudron persan et le goudron azerbaïdjanais

Le choix de la membrane à lui seul change tout. La peau d'agneau offre une attaque plus douce et une extinction plus rapide, idéale pour les ornements complexes du radif persan. Le péricarde de bœuf, plus résistant et plus résonnant, permet de prolonger les notes et de se faire entendre au-dessus des autres instruments dans un ensemble de mugham.

Comment chaque Tar s'inscrit dans sa tradition musicale

Le tar persan s'inscrit dans l'univers du radif. Il s'agit d'un ensemble de modèles mélodiques transmis oralement de génération en génération, organisés en sept dastgah (systèmes modaux) principaux et plusieurs avaz plus spécifiques. Lorsqu'un joueur de tar persan interprète un instrument, il explore ce vaste répertoire, improvisant dans le cadre des règles et du vocabulaire propres à chaque mode.

Le timbre chaleureux et les frettes mobiles du tar le rendent idéal pour les subtiles variations microtonales qui caractérisent le jeu du dastgah. Il est nécessaire de pouvoir plier les notes, glisser entre les hauteurs et orner les mélodies de notes d'agrément et de trilles. La configuration à 6 cordes offre une tessiture suffisante sans complexité excessive. C'est un instrument conçu pour la nuance et l'expression intime.

Le tar azerbaïdjanais, quant à lui, est l'élément central du trio mugham. Cet ensemble traditionnel associe le tar à un kamancha (violon à pique), un daf (tambour sur cadre) et un chanteur. Le joueur de tar ne se contente pas d'accompagner ; il participe à un véritable dialogue musical, répondant aux improvisations du chanteur et insufflant l'énergie rythmique à la performance.

Ces cordes supplémentaires et cette résonance confèrent au tar azerbaïdjanais une richesse harmonique qui lui permet de s'imposer pleinement dans cet ensemble. La projection sonore plus brillante de sa membrane lui assure une présence optimale, même lorsque le kamancha s'élève dans les aigus ou que le chanteur accentue sa voix. Uzeyir Hajibeyov l'avait déjà compris en 1931 lorsqu'il créa le premier recueil d'instruments folkloriques azerbaïdjanais. Le tar en était la pièce maîtresse.

Regardez cette démonstration avec Mohammad Sahraei pour entendre le son du tar persan et observer de près la technique de jeu. Remarquez comment le plectre mezrab frappe les cordes et comment l'instrument réagit aux différents angles d'attaque.

Technique de jeu : Similitudes et différences

Ces deux instruments utilisent un plectre en laiton appelé mezrab. On le tient entre l'index et le pouce, et on frappe alternativement vers le bas et vers le haut. La technique paraît simple, mais sa maîtrise exige des années d'apprentissage. L'angle d'attaque, la force du coup et le timing entre les frappes vers le bas et vers le haut déterminent le son et le rythme.

La technique du tar persan met l'accent sur des ornements délicats. On ajoute constamment des trilles, des mordants et des glissandos pour embellir la ligne mélodique. La main gauche doit être d'une précision extrême, pressant les cordes à des positions microtonales exactes sur les frettes mobiles. Un millimètre d'écart suffit à changer le mode.

La technique du tar azerbaïdjanais intègre un rythme plus soutenu. Le mugham comporte des sections avec une pulsation et une mesure bien définies, et le joueur de tar doit être en parfaite synchronisation avec le daf tout en préservant l'intérêt mélodique. Les cordes supplémentaires exigent également des motifs plus complexes à la main droite, parfois avec le jeu simultané de plusieurs cordes pour créer une texture harmonique.

La courbe d'apprentissage

Aucun de ces instruments n'est facile. Si vous venez de la guitare occidentale, vous devrez complètement revoir votre approche de l'accordage, du placement des doigts et du rythme. Les systèmes radif et mugham ne correspondent pas aux gammes et à l'harmonie occidentales. Vous apprenez un nouveau langage musical, et pas seulement un nouvel instrument.

Le tar persan est peut-être légèrement plus accessible aux débutants, car il possède moins de cordes. Six cordes contre onze, ça change tout lorsqu'on cherche à développer une technique précise. Mais le tar azerbaïdjanais offre davantage de possibilités sonores une fois la phase d'apprentissage initiale maîtrisée.

Matériaux et construction : pourquoi c’est important

Les deux instruments sont fabriqués en bois de mûrier. Ce choix n'est pas anodin. Le mûrier possède la densité et les caractéristiques de résonance idéales pour ces luths à long manche. Il est suffisamment dur pour être sculpté avec précision, tout en étant assez résonnant pour amplifier efficacement les vibrations des cordes.

La forme à double cuve de l'instrument remplit une fonction acoustique. La cuve supérieure, plus petite, se situe sous la zone de jeu principale des cordes. La cuve inférieure, plus grande, sert de principale chambre de résonance. Cette conception asymétrique projette le son vers l'avant, en direction du public, tout en offrant au musicien un retour acoustique.

C’est au niveau du choix de la membrane que les traditions divergent véritablement. La peau d’agneau doit être soigneusement sélectionnée, tendue et fixée avec la tension idéale. Trop tendue, le son devient ténu et pincé ; trop lâche, il perd en clarté et en projection. Les maîtres luthiers consacrent des décennies à perfectionner cet art.

Le péricarde de bœuf est plus résistant et plus homogène, mais sa préparation et sa pose exigent un savoir-faire particulier. Le son qui en résulte est plus brillant et plus précis, moins chaleureux et organique que celui du cuir d'agneau. Il n'est ni meilleur ni pire ; il est différent par nature.

Atelier de goudron Ali Jafari
Goudrons persans en production…

Où écouter ces instruments

Pour entendre le tar persan dans son contexte naturel, recherchez des enregistrements de maîtres de la musique classique persane. Le répertoire du radif a été largement enregistré. Écoutez la manière dont le tar porte la ligne mélodique, soutenu par le tombak (tambour en forme de gobelet) et éventuellement le santour (dulcimer à marteaux).

Pour découvrir le tar azerbaïdjanais, recherchez des enregistrements de mugham. L'interaction entre le tar, le kamancha et la voix révèle toute la richesse de l'instrument. Vous entendrez le tar tantôt mener le jeu, tantôt répondre, enrichissant toujours l'interprétation d'une texture harmonique et rythmique.

Les musiciens modernes explorent également de nouveaux contextes pour ces deux instruments. Les projets de fusion contemporains mêlent des éléments musicaux persans et azerbaïdjanais au jazz, à la musique électronique et aux formes classiques occidentales. La sonorité unique du tar s'intègre étonnamment bien dans ces espaces hybrides.

Quel goudron choisir ?

Cela dépend entièrement de ce que la musique vous inspire. Êtes-vous attiré par l'univers intime et introspectif de la musique classique persane ? Souhaitez-vous explorer le système radif et apprendre à improviser dans les modes dastgah ? Le tar persan est l'instrument qu'il vous faut.

Si l'énergie rythmique et l'interaction de l'ensemble du mugham azerbaïdjanais vous séduisent, et si vous recherchez un son plus brillant et plus puissant, aux harmoniques complexes, optez pour le tar azerbaïdjanais. Ses cordes supplémentaires et sa construction différente ouvrent de nouvelles perspectives musicales.

La disponibilité peut également influencer votre décision. Selon votre lieu de résidence, un instrument peut être plus facile à trouver que l'autre. Leur fabrication requiert des connaissances spécialisées ; il est donc essentiel de s'adresser à un fabricant réputé. Un tar de mauvaise qualité, quel qu'il soit, vous causera des difficultés à chaque étape.

Les prix varient considérablement selon les matériaux, le savoir-faire et la réputation du luthier. Prévoyez un investissement conséquent pour un instrument de qualité, quelle que soit la tradition. Il ne s'agit pas d'instruments produits en série. Ils sont fabriqués à la main par des luthiers spécialisés qui maîtrisent les exigences acoustiques et culturelles.

Trouver un professeur

Cela pourrait bien être votre plus grand défi. Le tar persan et le tar azerbaïdjanais sont des instruments peu connus en dehors de leurs régions d'origine. Trouver un enseignement de qualité peut nécessiter des cours en ligne, des déplacements pour participer à des ateliers, ou des contacts avec les communautés de la diaspora qui perpétuent ces traditions musicales.

La bonne nouvelle, c'est qu'Internet a rendu ces échanges possibles. Les chaînes YouTube, les cours en ligne et les leçons par visioconférence ont ouvert l'accès à des professeurs qui étaient inaccessibles il y a une génération. Les ressources pédagogiques existent ; il suffit de chercher plus spécifiquement que pour des cours de guitare ou de piano.

Le contexte culturel dans lequel vous vous apprêtez à entrer

Choisir d'apprendre le tar persan ou le tar azerbaïdjanais, c'est bien plus qu'apprendre un instrument. C'est s'immerger dans des siècles de tradition musicale, d'histoire culturelle et de pratique artistique. Ces instruments sont porteurs d'un héritage précieux.

Ce n'est pas un fardeau, c'est un don. Mais cela implique d'aborder l'instrument avec respect et curiosité. Prenez le temps de vous renseigner sur les systèmes musicaux pour lesquels ces instruments ont été conçus. Écoutez attentivement des interprétations traditionnelles. Comprenez les contextes culturels qui ont façonné leur développement.

Le tar persan et le tar azerbaïdjanais représentent des évolutions musicales parallèles issues d'une même racine. Ils illustrent comment les instruments s'adaptent aux besoins spécifiques de leurs traditions musicales respectives. Un même concept de base, des résultats radicalement différents.

Réflexions finales sur le goudron persan et le goudron azerbaïdjanais

Choisir entre le tar persan et le tar azerbaïdjanais ne signifie pas choisir le « meilleur » instrument. Tous deux excellent dans leur domaine respectif. Le tar persan excelle dans le jeu mélodique intimiste et microtonal au sein du système radif. Le tar azerbaïdjanais, quant à lui, s'épanouit dans les ensembles mugham grâce à sa sonorité plus brillante et à ses riches possibilités harmoniques.

Si vous lisez ceci, c'est que ces instruments et les univers musicaux qu'ils représentent vous intriguent probablement déjà. Cette curiosité est votre meilleur guide. Écoutez les deux, si possible. Regardez des vidéos de performances. Renseignez-vous sur les traditions musicales. Laissez la musique elle-même vous indiquer la voie à explorer.

Quel que soit le goudron que vous choisissiez

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